BERLIN AUTREMENT 2007 - BILANS / ESSAIS
WALTER KREIPE, GUIDE ET CO-ANIMATEUR
Walter Kreipe, dénicheur infatigable de nouveautés dans « son » Berlin, vit ici depuis 1963 et annonce d’emblée : « Berlin ist nicht, Berlin wird ». Comptez sur lui pour vous montrer le passé, le présent et le futur de sa ville.
Walter Kreipe se déplace à vélo et rarement sans une abondante documentation étayée par des anecdotes personnelles ou familiales qui ne manquent pas de sel.
+ d‘infos sur son site:
Par un bel après-midi automnal, après avoir surveillé, pendant quelques heures, le petit musée, Jägerstraße 51, près du Marché des Gendarmes, consacré aux banquiers, mécènes, musiciens et compositeurs, cosmopolites généreux issus de la famille des Mendelssohn, je me restaure dans un de mes cafés préférés, le „Bério“, dans l'arrondissement de Schöneberg, tout près de la Place Winterfedt connue pour son marché du samedi, malheureusement pas inclu dans le programme du „Séjour“.
Dans ce quartier, il y a beaucoup d'antiquaires et de bouquinistes. Et là, quelle merveile, après avoir siroté mon petit blanc, je tombe – enfin! - sur un poche, paru en 1963, contenant la traduction des poésies complètes d'Arthur Rimbaud par Paul Zech.
Paul Zech? Vous vous rappelez ce nom? Poète expressionniste, traducteur de Villon et de Rimbaud, fuyant l'Allemagne nazie, il s'exile en Argentine. Nous nous sommes arrêtés un moment là où reposent ses cendres, au Cimetière des Artistes à Berlin-Wilmersdorf, après avoir dit bonjour à Helmut Newton, alias Helmut Neustädter, et Marlène Dietrich, nés tous les deux à Berlin-Schöneberg.
Alice, la plus jeune des participants de notre „Séjour culturel“ nous y a lu en français et dans la traduction assez libre de Paul Zech la première strophe et le refrain de la „Ballade des femmes de Paris“ par François Villon. Chez Zech le seul vers
Il n'est bon bec que de Paris
en donne deux, mais avec quel brio:
Keine Frau auf Erden küsst so süß
wie die schönen Frauen von Paris .
Dans le livre sur lequel je suis tombé l'après-midi en question, j'ai tout de suite cherché un de mes poèmes préférés signé Arthur Rimbaud : „Roman“.
La prochaine fois, Alice, alors bachelière, étudiante ou, pourquoi pas, déjà professeur d'allemand comme son père, nous en lira la deuxième strophe dans sa version allemande et française:
Der Juniabend taumelt durch die Linden.
Betäubt von Stern und Duft, muss man die Augen schließen.
Im silbernen Sopran der Gräser finden
wir irgendwo der Liebe Ursprung und genießen.
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin!
L'air est parfopis si doux, qu'on ferme la paupière;
Le vent chargé de bruits, - la ville n'est pas loin, -
A des parfums de vigne et des parfaums de bière...
Evidemment, il ne s'agit pas des tilleuls poussant Unter den Linden entre la Place de Paris et la statue équestre de Frédéric le Grand, mais bien sûr de ceux de Charleville. Mais je vous assure, si vous revenz à Berlin, un mois de juin et que vous fermez les paupières, soit au bord du Lac de Wannsee chez les Liebermann, soit sur la grande place entourée des „blocs rouges“ de la Colonie des Artistes ou tout court, Sous les Tilleuls à Berlin-Mitte, je vous le promets : vous allez ressentir le même frémissement que Rimbaud quand il avait 17 ans et qu'il n'était pas sérieuxcomme il l'avoue dans „Roman“.
Quant aux parfums de vigne et de bière dont Paul Zech, hélas, ne parle pas dans sa traduction, il ne faut pas s'en passer à Berlin: les parfums de vigne on les hume ces jours-ci avec délices sur la terrasse du Château de Sanssouci. Et la bière? Vous avez dû en apprécier le parfum en vous produisant sur la piste de danse dans le Bal de chez Clärchen où, hélas, notre séjour a pris fin (momentanément, j'espère).
Merci, Janine pour les belles photos de cette soirée!
La semaine dernière, autour d'un verre, tout en écoutant des chansons des années vingt, des habitants, surtout des artistes, de la Colonie des Aritstes ont fêté les 80 ans de ce „bloc rouge“ tant hai par les nazis. Certains descerndants de ceux qui, à l'époque, ont essayé d'y barrer la route au fascisme étaient présents et nous ont transmis des témoignages émouvants.Quelle belle preuve du fait que les nazis avec leur rafle du 15 mars 1933 et avec toutes les horreurs qui ont suivi après n'ont pas pu faire table rase de ce passé glorieux de Berlin.
Je remercie toutes celles et tous ceux qui étaient partie prenante de notre „Séjour culturel“ d'avoir participé à notre travail de mémoire, ce travail, parfois dur et pénible, contre l'oubli, qui m'ont accompagné, après une journée bien remplie, à la voie 17, au Gleis 17 de la Gare de Grunewald.
D'ailleurs, lors de cette soirée commémorant les 80 ans de la Colonie des Artistes, on a notamment évoqué le destin terrible de l'acteur Hans Meyer-Hanno habitant la Colonie bien des années après la rafle de 19333, militant dans le réseau antifasciste de l'Orchestre Rouge, arrêté et emprisonné en 1943, assassiné quelques jours seulement avant la fin de la guerre parce, toujours en prison, il a refusé de s'engager dans les dernières troupes d'assautcontre l'Armée Rouge s'approchant de Drèsde.
C'est à ce moment-là que je me suis souvenu du fait que, lors de notre déambulation dans la Colonie des Artistes, Alice et sa mère avaient découvert, sur le trottoir, un „Stolperstein“, une pierre d'achoppement, y posée en 2003, rappellant le destin de Meyer-Hanno. Je regrette infiniment de ne pas être revenu devant tout le monde sur cette découverte. Pour en savoir plus sur cet homme et sur bien d'autres habitants de la Colonie, consultez le site internet de la Colonie: www.kuenstlerkolonie.de
Pour terminer, je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui ont bien voulu me transmettre un gentil écho du Séjour Culturel à Berlin. J'aimerais bien que certains de ces témoignes figurent dans ce compte-rendu de ce que nous avons pu vivre ensemble.